En Hongrie, Viktor Orban soigne le catholicisme identitaire

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Le premier ministre cherche à tirer profit de la « rechristianisation » d’un pays encore marqué par son passé communiste. Sa « révolution conservatrice », prêchée en vue des élections européennes, se traduit par une reprise en main des écoles par les Eglises.

Par Blaise Gauquelin Publié aujourd’hui à 06h39

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Le Vieux Continent doit écouter le message du Christ, sinon les musulmans gagneront : tel est le credo de Viktor Orban, dirigeant bien connu d’un Etat qui l’est moins, encore marqué par des décennies de dictature communiste.

Le premier ministre hongrois, au pouvoir depuis 2010, se rêve en apôtre d’une reconquête conservatrice. Et à trois mois des élections européennes, ce souverainiste issu d’un milieu calviniste a placé, dimanche 10 février, sa campagne électorale à venir sous le signe de la défense des « nations chrétiennes » contre l’immigration, qu’il associe uniquement au terrorisme, ainsi qu’à la violence.

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Mais qu’en est-il réellement de ce petit pays comptant 9,8 millions d’âmes, que le parti majoritaire, le Fidesz, devenu chantre de l’illibéralisme, s’évertue contre vents et marées à « rechristianiser » ? Selon le dernier grand recensement, en 2011, 39 % des Hongrois affirment être catholiques et 11 % protestants. C’est peu. Alors que le catholicisme jouissait d’un statut de religion officielle sous la monarchie austro-hongroise, l’épuration soviétique a durement affaibli la pratique des fidèles.

Infléchissement des programmes

Pour inverser la tendance, Budapest dépense sans compter, encourageant notamment la reprise par les Eglises de son réseau d’écoles publiques. Il continue de financer ces dernières, dont il délègue la seule gestion aux différentes religions.

A Hódmezövásarhely, une petite ville du sud-est, le changement paraît à première vue très radical. En ce lundi matin, les 486 élèves du groupe scolaire Saint-Joseph participent à la grande prière de 7 h 45, avant les cours. Agés de 6 à 14 ans, ils réciteront leurs bénédictions avant le repas du midi, se plieront aux deux heures hebdomadaires de catéchisme. Elles sont obligatoires, tout comme la participation de leurs parents à une messe mensuelle.

Difficile de croire qu’il y a dix ans, ce modeste établissement de quartier appartenait à l’éducation nationale. « Nous avons un projet pour construire une chapelle attenante à l’école », se réjouit la directrice, Edit Juhászné Wolf, à qui les écoliers au détour des couloirs, donnent du « Gloire à Jésus ». « Toute l’équipe enseignante qui venait du public est restée lorsque nous avons choisi d’être rattachés à l’Eglise. Vous savez, avant le communisme, nous étions tous baptisés. La transition s’est donc faite en douceur, année après année. Progressivement, nous avons calqué les apprentissages sur le calendrier liturgique. Nous avons introduit le baptême collectif, la communion et la confirmation. Tout cela n’a pas posé de problème. Au contraire, les enseignants sont contents d’avoir plus de libertés académiques. »



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