les coulisses de l’enquête sur l’homosexualité au Vatican

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L’auteur de « Sodoma » a choisi de ne pas révéler l’orientation sexuelle des personnes concernées par son enquête.

Par Cécile Chambraud Publié aujourd’hui à 12h00

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Le palais apostolique, place Saint Pierre à Rome, en décembre 2018.
Le palais apostolique, place Saint Pierre à Rome, en décembre 2018. TIZIANA FABI / AFP

Comment établir la réalité et l’ampleur des milieux homosexuels au sommet de l’Eglise lorsque l’on s’est fixé pour principe – qui souffre quelques exceptions – de ne pas « outer », c’est-à-dire révéler l’orientation sexuelle des personnes concernées quand elles sont encore en vie ? Dans Sodoma, Frédéric Martel veut décrire un système, ses lois, ses dérives, et non pas compromettre des ecclésiastiques dont l’orientation ou la conduite sexuelle se heurte frontalement à la morale prônée envers et contre tout par l’institution à laquelle ils ont voué leur vie. Comment, dans ces conditions, raconte-t-il cette histoire irracontable ?

L’enquête est écrite à la première personne. Auteur, notamment, de plusieurs ouvrages sur la communauté homosexuelle, Frédéric Martel en maîtrise les codes, les références et se fie à son « gaydar » (mot-valise entre « gay » et « radar ») pour identifier les « homophiles », les « initiés », les « unstraights », les « mondains », les « versatiles », les « questionning » et les « dans le placard », en plus des « pratiquants ». Pour dégager des logiques d’ensemble, il part de ses rencontres, des atmosphères, des styles, des manières. Il y a une part de subjectivité dans le livre. Rares sont les prélats qui reconnaissent ouvertement leur homosexualité.

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L’auteur égrène des indices comme les pièces d’un puzzle. Il évoque ici l’amant, prêtre anglican, d’un cardinal dont le nom est cité plus loin dans le livre – mais sans la mention de l’amant. Il signale nombre d’assistants très « proches » de leurs patrons. Il détaille la bibliothèque d’une éminence. Il manie aussi l’allusion, le sous-entendu, les expressions à double ou triple sens, les questions rhétoriques. Il dépeint telle figure bien connue de l’aile conservatrice du Vatican comme une spectaculaire drag-queen. Souvent il ne conclut pas, laissant le lecteur tirer les conséquences des impressions esquissées.

Mais il donne aussi des éléments qui laissent présumer du sérieux de l’enquête. Il fait comprendre qu’il détient des éléments probants – des témoignages nominatifs recoupés, des documents officiels, des numéros tirés du répertoire téléphonique d’un prostitué… Il précise que les entretiens ont été systématiquement enregistrés (avec l’accord des intéressés) et que les rencontres ont généralement eu pour témoin l’un de ses nombreux collaborateurs.



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