« Il serait grave que la campagne des européennes ne soit pas à la hauteur des enjeux »

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Pour l’Union européenne, le plus grand des risques, c’est l’inaction, plaide l’économiste dans sa chronique au « Monde ».

Publié aujourd’hui à 04h45 Temps de Lecture 4 min.

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A Bruxelles, le 14 mars 2019.
A Bruxelles, le 14 mars 2019. Francisco Seco / AP

Chronique. Qui se rappelle encore sur quoi ont porté les dernières campagnes pour les élections européennes ? Cette fois cependant, ce pourrait être différent. Il le faudrait en tout cas : difficile d’ignorer la sécession britannique, la montée des menaces externes, la bipolarisation du monde, l’hostilité de l’administration Trump ; difficile de sous-estimer la gravité de la fracture entre ceux pour qui la nation se définit par ses institutions et ceux pour qui elle procède d’une identité ethno-religieuse ; difficile d’oublier, alors que la croissance se tasse, que la zone euro demeure écartelée et fragile. Il serait grave que la campagne ne soit pas à la hauteur de ces enjeux.

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L’ambitieuse tribune d’Emmanuel Macron et la réponse immédiate d’Annegret Kramp-Karrenbauer (« AKK »), la dauphine d’Angela Merkel, comme, sur un tout autre registre, le propos identitaire très construit de Viktor Orban, le premier ministre hongrois, ou la recherche encore balbutiante d’un nouvel agenda de gauche, suggèrent la possibilité d’un vrai débat.

Après s’être construite avec succès autour d’un idéal, la paix par l’interdépendance, l’Europe communautaire s’est développée autour d’un projet, la prospérité par l’intégration économique et monétaire, avec des résultats sans doute inférieurs aux attentes mais néanmoins positifs. Mais la question est de savoir quelle est aujourd’hui sa raison d’être.

Urgences d’aujourd’hui

Une redéfinition est indispensable, parce que les hypothèses sur lesquelles l’Union européenne s’est jusqu’ici fondée sont remises en cause. Elle avait fait son nid au sein d’un monde multilatéral voulu et organisé par les Etats-Unis, et se trouve aujourd’hui confrontée à la logique des rapports de puissance. Supposant l’Etat de droit acquis, elle s’était consacrée à l’économie, mais des autocraties électives se sont installées en son sein. Au gré d’un contrat implicite, elle avait privilégié l’efficacité et laissé l’équité aux Etats, et se trouve désormais attaquée pour avoir facilité optimisation fiscale et enrichissement des puissants.

La difficulté n’est pas de trouver à quoi l’Union peut servir. Chacun voit bien que le nationalisme américain et l’affirmation chinoise plaident pour qu’elle prenne en charge son propre destin. Chacun comprend que les urgences d’aujourd’hui – climat, sécurité, migrations, négociation commerciale, lutte contre les monopoles, évasion fiscale, protection des données, poids monétaire international – appellent des réponses communes. Le problème est plutôt l’impossibilité d’opérer des choix politiques alors que perspectives et positions divergent. Ce qui risque de frapper l’Europe d’obsolescence, c’est son manque de crédibilité.



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