Tranches de vie : dans la mouise à La Ferme

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Environ 150 familles vivent dans des bicoques en tôle qui ont subi l’usure du temps. À Cité La Ferme, Bambous, hommes, femmes et enfants squatters se serrent les coudes pour avancer vers le lendemain en espérant qu’il sera meilleur qu’aujourd’hui.

Orginaire de La Mecque à Albion, Saroj Dhorah  approche de ses huit ans lorsque sa mère décède d’une gangrène. Son père, alors employé dans un établissement sucrier, refait sa vie avec une autre femme. A neuf ans, Saroj travaille dans un champ de cannes. Maltraitée par sa belle-mère, elle se confie à son frère aîné. Ce dernier loue une maison pour abriter ses soeurs. Il est le seul à travailler et Saroj reste à la maison pendant quatre ans. « Apre linn kontan enn tifi, lerla monn revinn kot mo papa. »  

A 14 ans, Saroj a une demande en mariage. Elle se marie et le nouveau couple, qui habite Quatre-Bornes, a un bébé un an plus tard. De cette union naissent trois autres enfants et… d’innombrables conflits. Son mari préfère aller au cinéma que de subvenir aux besoins de la famille. Lorsque Saroj lui demande d’assumer ses responsabilités, il la roue de coups. « So mama ti pe plin so zorey. » Un beau jour, Saroj allaite son dernier enfant lorsque sa belle-mère lui plonge la tête dans un seau d’eau. «  Li ti pe boir ek li ti pe batt moi li osi. »

Craignant pour sa vie, Saroj prend ses enfants et se réfugie chez son père à Cité Bambous. Quelques temps après, elle décide de retourner chez son mari. Elle tombe des nues lorsqu’elle voit une tente nuptiale dans la cour. « Mo belmer anons mwa mo mari pe remarye. » Abasourdie par la nouvelle, Saroj ne sait à quel saint se vouer pour sortir de cette impasse. Sa belle-mère remue le couteau dans la plaie en réclamant la garde de ses petits-enfants. Dans un premier temps, la mère de famille hésite avant de céder…

Saroj rentre chez son père. Elle y reste huit ans tout en travaillant dans une usine à Coromandel pour ses besoins. Chaque semaine, elle part voir ses enfants. Ils lui demandent de les prendre chez elle. Elle accepte volontiers. Deux ans plus tard, elle refait sa vie. Son nouveau compagnon, ses enfants et elle vont habiter dans une maison à Cité Bambous. Deux autres enfants viennent agrandir cette famille recomposée.

Agressée à l’arme blanche

Au quotidien, Saroj est victime de violence domestique. Les disputes et les coups se succèdent sous le regard impuissant des enfants. Sous l’emprise de l’alcool, son compagnon va même jusqu’à lui infliger un coup de couteau à la poitrine. Saroj se vide de son sang. Elle est sauvée par ses voisins qui la transportent d’urgence à l’hôpital. Elle y passe deux jours. De retour à la maison et par peur de représailles, elle ne donne pas suite à l’enquête initiée par la police de la localité. Après 13 ans de vie commune avec son bourreau, Saroj met fin à cette relation infernale. Sur un terrain en friches déblayé à Cité La Ferme, elle construit une case en tôle en 1999 pour y vivre avec ses enfants.

Elle se réveille dans la misère et se couche dans l’incertitude.»

20 ans plus tard

La vie de Saroj n’est toujours pas un long fleuve tranquille. C’est même une montagne à franchir au quotidien. Aujourd’hui âgée de 60 ans, elle se réveille encore dans la misère chaque matin et se couche le soir dans l’incertitude de ce que sera demain. Dans sa bicoque retapée après le passage du puissant cyclone Dina, elle vit dans une chambre avec son petit-fils qui est en Form III. La chambre annexe est pour son fils aîné, Vinesh, sa bru, Hema, et leurs deux enfants. Dans une autre chambre, vivent son fils, Kevin, sa compagne et leur nourrisson.

Une remise, à l’entrée, sert de pièce à sa fille aînée, Reshma, et son mari. Les enfants du couple dorment tous côte à côte dans un espace restreint de la demeure de leur grand-mère. Parmi, il y a Kajaal, une des petites-filles de Saroj, devenue récemment mère célibataire. Une pièce attenante à une cuisine improvisée, qui sert aussi de lavoir, abrite Vanessa et son mari ainsi que leurs enfants. Au total, ils sont dix adultes et douze enfants, dont deux bébés, à squatter cette bicoque en tôle délabrée qui devient une passoire en cas de grosses pluies.

Si les enfants sont envoyés chez les grands-parents, les plus grands, eux, n’ont nulle part où aller. Faute de moyens, ils ne peuvent se payer une maison même s’ils font des efforts pour remplir, à la moindre occasion, un compte qui leur permettra de bénéficier d’un logement social.

« Se ki ena donn so kamarad e vis versa »

Quand la marmite est vide, Saroj et ses filles se rabattent sur l’arbre de moringa (bred mouroum) où les feuilles poussent en abondance. « Sa pie la sov nou kan pena nanye. » Hema, une des brus, compte sur les poules de l’enclos pour avoir des oeufs qui serviront de repas à ses enfants. « Parfois deux semaines nek ena dizef dans zot dipain kan zot al lekol. » Vanessa, la fille de Saroj confie que les repas sont improvisés chaque soir. « Seki ena donn so kamarad et vice versa. » Elle ne peut travailler en raison des problèmes de thyroïde et des démangeaisons aux pieds. Sa fille de dix ans est atteinte de diabète. Une nouvelle qui est tombée comme la foudre sur la famille déjà en souffrance…

Dans un foyer, brûlent des morceaux de bois récupérés dans les terrains en friche. Un poukni à la main, Kevin souffle et s’esouffle sur la braise afin d’alimenter un feu. Dans une poêle noircie par le temps, il jette des oignons et des épices pour faire un maigre bouillon de bred ziromon pour le repas de midi que se partagera toute la famille.

Le jeune homme explique qu’il est revenu vivre chez sa mère par amour pour elle. « Linn byen get mwa. Aster mo tour. » Pour gagner sa vie, il fait deux boulots afin d’arrondir les fins de mois surtout pour son nouveau-né. Le matin, il est peintre, le soir il est gardien dans une réserve d’animaux. « La vi pas fasil mais bisin fer sakrifis. »


Appel à la solidarité

Ces gens, sur lesquels le sort s’acharne depuis longtemps, ont besoin de poutres en bois et de tôle pour retaper leurs maisons, ainsi que de matériel scolaire et de chaussures pour une dizaine d’enfants, de vêtements pour bébés, enfants et adultes , de meubles inutilisés et surtout de vivres. Hema demande aussi de l’aide de toute personne qui pourra lui trouver un emploi.



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Defi Media

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